Note de conjoncture février 2010

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En ce début d’année 2010, la conjoncture économique mondiale se caractérise par la consolidation du redressement de la situation qui a été durement touchée par la crise financière internationale. En effet, durant la seconde moitié de l’année 2009, les marchés financiers avaient opéré une nette progression grâce à l’amélioration des fondamentaux et au maintien des mesures d’accompagnement des pouvoirs publics dans les principaux pays avancés, favorisant le rééquilibrage de la demande globale et soutenant la reprise de l’activité. Le retour de la croissance, plus rapide et plus rigoureux que prévu, se poursuit mais à un rythme qui diffère selon les pays en fonction de l’intensité des chocs extérieurs et des mesures prises. Dans la plupart des économies avancées, la reprise devrait rester timide comparée à la tendance de long terme, alors que dans beaucoup de pays émergents et en développement, l’activité devrait être relativement vigoureuse, grâce surtout au dynamisme de la demande intérieure.

Dans ce contexte, la hausse des prix à la consommation observée dans les pays avancés depuis novembre 2009, s’est poursuivie en février 2010, soutenue par la progression des cours de matières premières, notamment les produits énergétiques et alimentaires, et les services divers. Grâce aux mesures de relance initiées par les pouvoirs publics des principaux pays avancés, les marchés financiers internationaux ont nettement amélioré leurs fondamentaux et opéré un vigoureux redressement de leur activité. Toutefois, la remise en état du système financier international se poursuit, car sa stabilité demeure encore fragile. En effet, la vigueur de l’activité économique des pays émergents, notamment la Chine et l’Inde, fait craindre la hausse des pressions sur les prix des actifs, les taux de change et les taux d’intérêt.

Sur le marché des matières premières, l’évolution des cours mondiaux a été variable, avec une hausse de certains produits industriels, tels que le pétrole, une baisse de quelques produits céréaliers et une irrégularité dans le marché des produits oléagineux. Toutefois, sur les deux premiers mois de l’année, les marchés des produits de base s’inscrivent globalement dans une tendance haussière.

L’activité économique interne, mesurée par l’Indice Général d’Activité (IGA), proxy du PIB hors agriculture a enregistré, en février 2010, une baisse de 6,5% en variation mensuelle. Cette évolution est consécutive à la baisse observée dans tous les secteurs d’activités. Pour le secteur secondaire, la baisse de 11,7% est imputable aux corps gras alimentaires (-68,8%), à l’énergie (-15,0%), aux autres industries (-11,9%) et à la construction (-11,8%). Au niveau du secteur tertiaire, la baisse concerne essentiellement les activités de services, notamment les services d’hôtellerie (-18,8%), les services immobiliers (-16,4%) et les services de transports et de télécommunications (-9,4%). Au niveau de l’administration, on note une baisse des taxes sur biens et services. Le sous secteur de l’élevage a également accusé une baisse. En glissement annuel, l’activité a légèrement progressé de 0,1%. Les hausses enregistrées au niveau du secteur secondaire (9,2%) et de l’administration (6,0%) ont largement compensé les baisses relevées dans le secteur tertiaire (-5,5%) et au niveau du primaire hors agriculture (-0,9%).

En moyenne sur les deux premiers mois de 2010, on relève une bonne tenue des activités, qui s’est traduite par une croissance de 1,2%. Celle-ci a été favorisée par les résultats appréciables relevés au niveau de l’administration (10,2%) et du secteur secondaire (9,2%). La croissance de l’administration s’explique par la bonne tenue des activités de l’administration publique (4,5%) et au bon niveau de recouvrement des taxes sur biens et services (12,9%). Au niveau du secteur secondaire, les différents sous secteurs ont évolué positivement, à l’exception des corps gars alimentaires qui ont accusé une baisse de 72,5%. Le sous secteur de la pêche a enregistré une hausse de 4,9%. Par contre, les activités du secteur tertiaire et du primaire (hors agriculture) ont respectivement fléchi de 4,9% et de 2,2%.

En rapport avec l’évolution de l’activité, l’emploi salarié du secteur moderne a enregistré une légère baisse de 0,3% imputable aussi bien au secteur secondaire (-0,6%) qu’au secteur tertiaire (-0,1%). Les entreprises industrielles ont noté une perte d’emplois de 1,1% alors qu’au niveau des bâtiments et travaux publics les effectifs se sont accrus de 1,5%. Dans le secteur tertiaire, des gains d’emploi de 1,4% sont relevés au niveau des entreprises commerciales alors celles de service ont vu leurs effectifs reculer de 0,4%.

Au mois de février 2010, les chefs d’entreprises industriels et de services ont cité l’environnement des affaires comme contrainte majeure au développement de leurs activités, alors que dans les bâtiments et travaux publics et le commerce, les répondants ont évoqué l’insuffisance de la demande.

Au niveau du sous secteur industriel, 37,5% des chefs d’entreprises ont fait allusion à un environnement des affaires assez difficile, marqué par le coût élevé des inputs dans un contexte de faiblesse des cours qui serait à l’origine de la tendance baissière au niveau de la production. Quand à la demande, elle a accusé une baisse selon 31,3% des industriels. Cette situation est liée à l’évolution des stocks qui sont restés stables selon 66,7% des interrogés et en hausse pour 16,7% d’entre eux. Cependant 16,7% des enquêtés ont constaté une baisse de leur niveau de stocks.

Concernant les entreprises des bâtiments et travaux publics, 40% des entrepreneurs, ont évoqué l’insuffisance de la demande comme principal obstacle au développement de leurs activités. L’environnement des affaires et le non recouvrement des créances ont été cités, à part égale, par 20% des répondants. Cette situation découlerait d’une part, de l’insuffisance des marchés, et d’autre part, du retard constaté dans l’exécution du budget avec l’allongement des procédures de passation de marchés.

Dans le sous secteur des services, l’environnement des affaires et les difficultés d’accès au financement, évoqués à part égale par le tiers des chefs d’entreprises enquêtés, constituent les principales contraintes à l’activité. L’environnement des affaires est marqué par un déficit dans l’approvisionnement en électricité et par la concurrence. L’insuffisance de la demande est évoquée par 25% des enquêtés, en liaison avec l’accroissement du coût de la vie..

Dans le sous secteur commercial, 40% des chefs d’entreprises ont cité l’insuffisance de la demande comme principal obstacle au développement de leurs activités. Par ailleurs, 30% des commerçants se plaignent d’un environnement des affaires, caractérisé par la présence de marchés concurrentiels et informels mais aussi par la lourdeur des procédures administratives au niveau des importations. Ainsi, 42,9% des enquêtés ont respectivement annoncé une hausse et une baisse des stocks de produits tandis que 14,3% ont constaté une stabilité. L’accès au financement est évoqué par 20%.

Au mois de février 2010, les prix à la consommation sont ressortis en baisse de 0,2% par rapport au mois précédent, en liaison principalement avec les boissons alcoolisées, tabacs et stupéfiants (-1,4%), les produits alimentaires, boissons non alcoolisées (-0,6%) et les biens et services divers (-0,5%). En rythme mensuel, les prix des produits locaux ont enregistré une baisse de 0,3% alors que ceux des produits importés se sont accrus de 0,1%. Relativement à février 2009, un renchérissement de 0,6% des prix des produits locaux et une contraction de 3,9% des prix des produits importés sont notés.

L’inflation sous jacente, mesurée par l’indice hors produits frais et énergétiques est ressortie à -0,1% en variation mensuelle et à -0,3% sur une base annuelle. Dans la zone UEMOA, les prix à la consommation ont globalement baissé de près 1% au cours du premier bimestre de 2010 comparativement à la même période un an auparavant. Toutefois, d’un pays à un autre, la variation des prix contraste, avec des baisses de 3,7% en Guinée-Bissau, de 2,9% au Niger, de 1,3% en Côte d’Ivoire, de 1,4% au Togo, de 0,7% au Bénin et de 0,4% au Sénégal, contre des hausses de 2,4% au Mali et 0,2% au Burkina Faso.

L’économie sénégalaise a enregistré, au cours du mois de février, des gains de compétitivité évalués à 2,1% par rapport au mois précédent du fait de la dépréciation de la monnaie locale de 1,4% comparée à celle des partenaires commerciaux et d’un différentiel d’inflation favorable de 0,7%. En glissement annuel, la compétitivité s’est toutefois détériorée de 1,8%, en liaison avec l’appréciation du FCFA de 6,4%, atténuée par le différentiel d’inflation favorable de 4,6%. En moyenne sur les deux premiers mois de 2010, des gains estimés à 0,6% sont relevés, induits par le niveau favorable des prix intérieurs de 4,2% par rapport aux prix extérieurs, malgré l’appréciation de 3,7% du FCFA.

Durant le mois de février de l’année 2010, les échanges commerciaux avec l’extérieur se sont caractérisés par une baisse des exportations de 4% et une hausse des importations de 19,3% par rapport au mois précédent. En glissement annuel, celles-ci ont enregistré respectivement des hausses de 3,6% et 17,8%. En cumul sur les deux premiers mois de l’année, les exportations ont crû de 2,7% tandis que les importations ont subi une baisse de 2,2% comparativement à la même période de l’année précédente. Le déficit de la balance commerciale s’est dégradé de 28,6 milliards entre janvier et février 2010. En effet, il est passé de 62,5 milliards au mois de janvier 2010 à 91,1 milliards en février 2010. En glissement annuel, il s’est également dégradé de 31,1%. En revanche, en cumul sur les deux premiers mois de l’année 2010, il s’est amélioré de 6,4% par rapport à fin février 2009. Le taux de couverture des importations par les exportations est ressorti à 37,8% au mois de février 2010 contre 46,9% en janvier 2010, soit une baisse d’environ 10 points de pourcentage. En glissement annuel, il a subi une baisse de 5 points. En cumul, à fin février 2009, il s’est établi à 41,9% contre 39,9% pour les deux premiers mois de 2009, soit un gain de 2 points de pourcentage.

Concernant les finances publiques, l’exécution budgétaire au cours des deux premiers mois de l’année 2010 a été marquée par un niveau satisfaisant de recouvrement des recettes budgétaires et une exécution prudente des dépenses publiques. En effet, les recettes budgétaires ont progressé de 8,6%, s’établissant à 199,7 milliards à fin février 2010 contre 183,9 milliards à fin février 2009. Par rapport à l’objectif du cadrage macroéconomique fixé à 205,6 milliards, il se dégage toutefois une moins value provisoire de 5,9 milliards. S’agissant des dépenses totales et prêts nets, ils sont estimés à 161,4 milliards à fin février 2010 contre 200,7 milliards à fin février 2009, soit une baisse de 19,6% en valeur relative. Par rapport au plafond des dépenses totales et prêts nets de 329,2 milliards, prévu pour fin mars 2010[1], il ressort une marge de 172,8 milliards. Au total, le solde global base ordonnancement (dons compris) est évalué en excédent de 43,3 milliards à fin février 2010 contre un déficit de 16,8 milliards à la même période de l’année précédente. Le solde budgétaire de base (y compris PPTE et IADM) se situe au même niveau que le solde global.

Enfin, la situation estimée des institutions monétaires à fin février 2010, comparée à celle de la fin du mois précédent, est marquée par une baisse des avoirs extérieurs nets de 17,4 milliards, un renforcement du crédit intérieur de 1,3% et, en contrepartie, une légère expansion de la masse monétaire (0,2%). L’encours du crédit intérieur se situerait à 1692,6 milliards à fin février 2010, soit une augmentation de 21,4 milliards par rapport à fin janvier 2010, sous l’effet des crédits accordés au secteur privé. Ces derniers augmenteraient de 32,6 milliards, en un mois, pour se positionner à 1544,4 à fin février 2010. En effet, les crédits ordinaires passeraient de 1498,1 à 1525,6 milliards entre fin janvier et fin février 2010, soit une hausse de 27,5 milliards. Les crédits de campagne progresseraient de 5,1 milliards pour se situer à 18,8 milliards à fin février 2010. Concernant les crédits accordés par le système bancaire à l’Etat, ils se chiffreraient à 148,2 milliards à fin février 2010, soit une baisse de 11,1 milliards par rapport au mois précédent. A fin février 2010, le financement bancaire du secteur privé serait constitué de 988,4 milliards de crédits à court terme (64%), de 478,8 milliards de crédits à moyen terme (31%) et de 77,2 milliards de crédits à long terme (5%).

[1] Le plafond de fin mars 2010 correspond à l’objectif du cadrage initial de 2010

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