Note de conjoncture avril 2010

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Malgré les prémisses d’un retour à la croissance du produit intérieur mondial (PIM) à l’horizon de 2010, les effets de la récession traversée par les pays avancés restent toujours visibles et pourraient déteindre sur la rapidité du redressement. En effet, l’économie globale a, certes, entamé l’année sur un rythme d’expansion positive, mais le niveau d’activité demeure toujours faible dans les pays de l’OCDE, notamment en Europe où le risque d’essoufflement est le plus marqué. La baisse du poids des pays avancés dans l’économie mondiale a fortement diminué avec la crise, reflétée par la baisse du volume des échanges commerciaux internationaux et la contraction de la production industrielle. Cette évolution a pour conséquence directe une détérioration massive du marché de l’emploi. La hausse des prix à la consommation se poursuit, dans les pays avancés, mais le rythme de progression a ralenti du fait principalement de la faiblesse de la demande, de la morosité du marché de l’emploi et de la modération salariale qu’elle induit. Toutefois, dans de nombreux pays industrialisés, notamment de la zone euro, le niveau d’inflation est jugé élevé en rapport avec la forte baisse de l’activité économique, la faiblesse des taux d’utilisation des capacités de production et les mesures d’anticipations inflationnistes prises.

La situation financière internationale est particulièrement marquée par l’appréciation progressive du dollar américain par rapport aux principales devises, notamment l’euro et le yen et le maintien à des niveaux encore bas des taux directeurs dans les principales banques centrales.

Après avoir opéré un important rattrapage durant l’année 2009, les cours mondiaux de matières premières ont amorcé, durant les premiers mois de 2010, une phase de reprise corrélativement avec les signes de retour de la croissance économique mondiale. Toutefois, la faible visibilité sur l’activité économique mondiale, à court et moyen termes, pèse sur les marchés et les prix des produits de base qui ont été particulièrement volatils ces derniers mois. Cependant, les marchés demeurent encore globalement fermes sur l’ensemble des quatre premiers mois de 2010 par rapport à la même période un an auparavant.

L’activité économique interne, mesurée par l’Indice Général d’Activité (IGA), proxy du PIB hors agriculture, s’est repliée, durant le mois d’avril 2010, de 3,3% par rapport au mois précédent. Cette évolution est consécutive à la baisse des activités de 5,4% dans le secteur tertiaire et de 2,8% dans celui de l’administration. En revanche, les activités du secteur secondaire sont restées stables tandis que celles du secteur primaire (élevage et pêche) ont enregistré une hausse de 1,8%. En glissement annuel, l’activité économique a connu une croissance de 0,3%. Cette situation est le reflet de la hausse de 8,7% enregistrée au niveau des activités du secteur secondaire qui a compensé les baisses relevées dans les secteurs tertiaire (-2,6%), primaire (-1,4%) et dans l’administration (-0,7%). En moyenne sur les quatre premiers mois de 2010, l’activité économique a enregistré une croissance de 2,1%. Cette bonne tenue des activités a été essentiellement favorisée par les résultats appréciables notés au niveau du secteur secondaire (9,8%), de l’administration (3,1%) et dans une moindre mesure du secteur primaire hors agriculture (0,2%). La croissance de l’administration s’explique par la bonne tenue des activités de l’administration publique (2,9%) et par le bon niveau de recouvrement des taxes sur biens et services (3,2%). Au niveau du secteur secondaire, les différents sous-secteurs ont évolué positivement, à l’exception des corps gras alimentaires qui ont accusé une baisse de 28,5% malgré la bonne campagne agricole. Par contre, les activités du secteur tertiaire ont fléchi de 1,2% du fait des baisses relevées au niveau des services immobiliers (-20,3%), des services financiers (-13,1%) et des autres services (-14,2%).

L’emploi salarié du secteur moderne, mesuré par l’indice de l’emploi, a enregistré durant le mois d’avril 2010, une hausse de 0,2% par rapport au mois précédent en variation mensuelle. Cette situation a été favorisée par les effets cumulés de la hausse de 0,1% et de 0,2% enregistrée respectivement dans les secteurs secondaire et tertiaire. La légère variation de l’emploi salarié du secteur secondaire est essentiellement due à la hausse de 1,1% des effectifs du sous-secteur des bâtiments et travaux publics. Par contre, dans l’industrie, l’emploi s’est contracté de 0,1%. Dans le secteur tertiaire, l’emploi salarié continue de progresser grâce notamment aux sous-secteurs du commerce et des services qui ont respectivement augmenté leurs effectifs de 0,3% et de 0,2% sur la période.

Au mois d’avril 2010, des contraintes liées à l’insuffisance de la demande et au recouvrement des créances ont été citées respectivement par les chefs d’entreprises de l’industrie et des bâtiments et travaux publics. Au niveau du secteur tertiaire, les entreprises de services et du commerce ont principalement déploré l’environnement des affaires difficile qui a freiné le développement de leurs activités.

Les prix à la consommation, poursuivant leur tendance baissière entamée depuis le mois de février 2010, ont enregistré un repli mensuel de 0,2% en avril 2010. Cette situation est principalement imputable à la baisse de 0,4% des prix des produits alimentaires et boissons non alcoolisées. En glissement annuel, les prix à la consommation sont restés stables au mois d’avril 2010 contre une baisse de 0,3% en moyenne sur les quatre premiers mois. Les prix des produits locaux se sont contractés de 0,4% entre mars et avril 2010, contre un renchérissement de 0,5% des produits importés. Sur une base annuelle, une progression de 1,3% des prix des produits locaux et un repli de 3,7% des prix des produits importés sont observés. S’agissant de l’inflation sous-jacente1, mesurée par l’indice des prix hors produits frais et énergétiques, des baisses respectives de 0,1% et de 0,2% sont notées en variation mensuelle et en glissement annuel.

Comme au mois précédent, l’économie sénégalaise a enregistré durant le mois d’avril 2010, des gains de compétitivité2 estimés à 1,6% en variation mensuelle, en raison du différentiel d’inflation favorable (-0,7%) conjugué à la dépréciation du FCFA (-0,9%) par rapport à la monnaie des pays partenaires. En glissement annuel, la compétitivité s’est également améliorée de 6,1%, grâce au différentiel d’inflation (-4,2%) et de change (-1,9%) favorable par rapport à la monnaie des partenaires commerciaux. En moyenne sur les quatre premiers mois de 2010, elle s’est confortée de 3,2%, en liaison avec le différentiel d’inflation favorable (-4,3%) atténué par l’appréciation de la monnaie locale (+1,1%).

Les échanges commerciaux avec les partenaires étrangers ont été marqués, au cours du mois d’avril 2010, par une baisse en rythme mensuel des exportations et des importations, respectivement de 14% et de 29,4%. En glissement annuel, les importations de biens ont également baissé de 21% tandis que les exportations sont ressorties en hausse de 26,8%. De même, en cumul sur les quatre premiers mois de l’année 2010, la valeur des importations a légèrement diminué de 3% et celle des exportations de biens s’est confortée de 16,8% par rapport aux quatre premiers mois de 2009. Le déficit de la balance commerciale s’est globalement amélioré en variation mensuelle de 40,4 milliards (49,2%), passant de 82,1 milliards à 41,7 milliards.

Comparativement au mois d’avril 2009, il s’est également amélioré de 54,4 milliards. En cumul à fin avril 2010, le déficit de la balance commerciale s’est établi à 277,4 milliards contre 344,7 milliards un an auparavant, soit une baisse de 67,5 milliards imputable à la bonne progression des exportations conjuguée à la contraction des importations. En conséquence, le taux de couverture des importations par les exportations a enregistré une amélioration de 10,8 points de pourcentage, passant de 49,5% au mois de mars 2010 à 60,3% en avril 2010. En cumul à fin avril 2010, il est estimé à 48,2% contre 40% à la même période de 2009, soit un gain de 8 points de pourcentage. S’agissant des finances publiques, la gestion budgétaire a été caractérisée, au cours des quatre premiers mois de 2010, par un bon niveau de recouvrement des recettes budgétaires et une exécution prudente des dépenses publiques. En effet, les recettes budgétaires ont enregistré une augmentation de 5,4%, passant de 387,9 milliards à fin avril 2009 à 408,8 milliards à fin avril 2010. Toutefois, par rapport à l’objectif initial fixé à 427,5 milliards, il ressort une moins value provisoire de 18,7 milliards. Quant aux « dépenses totales et prêts nets », ils sont estimés à 418,2 milliards contre 492,9 milliards à fin avril 2009, soit une baisse de 74,8 milliards en valeur absolue et de 15,2% en valeur relative. Au total, le solde global base3 ordonnancement (dons compris) ressort en excédent de 7,8 milliards contre un déficit de 71,3 milliards à fin avril 2009.

Quant au solde budgétaire de base4 (y compris PPTE et IADM), il est estimé en excédent de 44,5 milliards. Enfin, la situation estimée des institutions monétaires, à fin avril 2010, comparée à celle de la fin du mois précédent, est marquée par une augmentation des avoirs extérieurs nets, une contraction du crédit intérieur et, en contrepartie, une légère expansion de la masse monétaire. L’encours du crédit intérieur se contracterait de 19,5 milliards pour se situer à 1633,4 milliards à fin avril 2010, sous l’effet des créances nettes du système bancaire à l’Etat. Ces dernières ressortiraient à 112,7 milliards à fin avril 2010 contre 144,9 milliards un mois auparavant. S’agissant des crédits accordés par le système bancaire au secteur privé, ils se chiffreraient à 1520,8 milliards à fin avril 2010, augmentant ainsi de 12,8 milliards par rapport au mois précédent. Cette situation s’expliquerait par la hausse de 12,7 milliards des crédits ordinaires qui se positionneraient à 1500,5 milliards à fin avril 2010. Les crédits de campagne resteraient à leur niveau de 20,3 milliards du mois précédent. A fin avril 2010, l’encours des crédits bancaires au secteur privé serait constitué de 958,1 milliards de crédits à court terme (63%), 501,9 milliards de crédits à moyen terme (33%) et 60,8 milliards de crédits à long terme (4%).

1- Ce concept donne une idée de l’inflation résultant du processus économique intérieur. Il exclut de l’observation, les biens et services dont les prix se forment sur le marché mondial, ainsi que ceux caractérisés par des variations erratiques. En l’absence de définition précise généralement acceptée sur le plan international, l’indice considéré est obtenu en excluant de l’indice général, l’énergie et les produits frais.

2- Compétitivité-prix

3- Solde global (base ordonnancement) = recettes budgétaires + dons dépenses totales et prêts nets.

4- Solde de base = recettes budgétaires +dons – dépenses totales et prêts nets + dépenses en capital sur ressources extérieures + prêts rétrocédés.

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