Note de conjoncture Juin 2008

Au terme de la première moitié de 2008, la conjoncture internationale est globalement marquée par la poursuite de la morosité de l’activité économique. Entamé depuis la seconde moitié de 2007, le ralentissement du rythme de croissance de l’économie mondiale s’est confirmé durant le premier semestre de 2008 et devrait se poursuivre sur le reste de l’année, pour atteindre 3,7%. En effet, l’économie mondiale va continuer de souffrir de la crise immobilière aux USA et de ses conséquences, notamment la crise financière qui incite les banques à limiter leurs crédits dans les principaux pays avancés et du renchérissement des matières premières agricoles et pétrolières, qui alimente l’inflation et freine la consommation.

La hausse des prix à la consommation, alimentée par le renchérissement des matières premières agricoles et énergétiques, a entraîné de vives tensions dans le monde durant la première moitié de 2008. Aujourd’hui, la lutte contre l’inflation occupe le premier plan dans l’ordre des priorités des autorités politiques et monétaires au niveau international.

Sur le marché des capitaux, l’instabilité financière mondiale s’est accentuée et a fortement affecté l’activité économique globale, dont la croissance a été plusieurs fois revue en baisse. Pour surmonter la crise financière, tout en veillant à ce que l’inflation reste maîtrisée, les Banques centrales ont injecté plus de liquidité sur le marché des capitaux et ont durci les conditions monétaires.

Sur le marché des matières premières, depuis plus d’un an, les cours des produits agricoles de base ont augmenté avec une ampleur et une rapidité telles que l’ensemble du secteur agroalimentaire se trouve sous forte pression. La crise alimentaire mondiale a été essentiellement portée par les produits de base, comme le blé, le maïs, le soja et le riz et a touché principalement les pays les plus pauvres et les plus démunis de ressources agricoles.

Au plan intérieur, le secteur primaire est marqué au mois de juin 2008 par l’installation de l’hivernage, le recul des activités dans le sous secteur de l’élevage et une reprise encore timide des activités dans le secteur de la pêche.

Dans le sous secteur de l’agriculture, la mise en place des facteurs de production notamment la distribution de semences et d’engrais se poursuit. Les ventes de semences d’arachide, à la date du 20 juillet 2008 sont estimées à 57 753 tonnes, soit un taux de réalisation de 99 %. Pour la distribution d’engrais, le programme hivernal a été exécuté à hauteur de 29 726 tonnes, soit un taux de réalisation 81%. Quant à l’état des cultures, la physionomie du début de l’hivernage est caractérisée par des pluies précoces sur l’étendue du territoire. Les semis ont démarré dès le mois de juin pour toutes les spéculations suivant le rythme d’installation de l’hivernage.

S’agissant du sous secteur de l’élevage, la production de viande issue, de l’abattage contrôlé, au mois de juin 2008, a baissé de 10% en variation mensuelle et de 5,9% en glissement annuel. Cependant, la production cumulée sur le premier semestre de 2008 est en hausse de 8,8% par rapport à celle de la même période de 2007. Quant aux importations de viande, avec 1 368 tonnes au mois de juin, elles ont atteint 10 674 tonnes en cumul sur le premier semestre 2008, soit une augmentation de 3%, en comparaison à celles de la même période de 2007.

Dans le sous secteur de la pêche, les débarquements, au mois de juin 2008, ont progressé de 2% en rythme mensuel contre une baisse de 1,6 en glissement annuel. Toutefois, les débarquements cumulés sur le premier semestre 2008 ont augmenté de 7,8% par rapport à ceux de la même période de 2007.

Concernant le secteur secondaire, son chiffre d’affaires a enregistré, au mois de juin 2008, une diminution de 2,6% par rapport à mai, imputable à la baisse de 21,4% des activités de bâtiments et de travaux publics. Par contre, en glissement annuel, le chiffre d’affaires du secteur a enregistré une hausse de 17,4%, sous l’effet cumulé de la bonne tenue des activités dans l’industrie (14,9%) et du dynamisme des activités des bâtiments et des travaux publics (36,7%). La moyenne des six premiers mois de 2008 fait apparaître une hausse du chiffre d’affaires de 14,2% par rapport à celle de la même période en 2007, grâce à la croissance des activités dans l’industrie (14,1%) et dans les bâtiments et les travaux publics (14,9%).

Durant le mois de juin 2008, les principales contraintes citées par les entreprises dans l’exercice de leurs activités portent essentiellement sur l’environnement des affaires (46,7% dans le secteur industriel) et les créances publiques (80,0% dans les bâtiments et les travaux publiques), confirmant ainsi les prévisions annoncées en mai 2008. Au niveau du sous secteur industriel, 46,7% des chefs d’entreprises estiment que la principale contrainte est relative à l’environnement des affaires, notamment le renchérissement des matières premières. Dans le sous secteur des bâtiments et des travaux publics, 80% des entreprises placent les créances publiques comme la contrainte majeure dans l’exercice de leurs activités.

Les activités du secteur tertiaire se sont bien comportées dans l’ensemble au mois de juin 2008. Le chiffre d’affaires des services a connu une hausse de 2,9%, imputable au bon fonctionnement du sous secteur des banques et assurances, tandis que celui du commerce a évolué de 1,5%, grâce notamment au commerce de carburant et à celui de gros. En glissement annuel, les services ont enregistré une augmentation de 18,9% et le commerce s’est accru de 6,3%. La moyenne du premier semestre de 2008 par rapport à celle de la même période de 2007 a affiché des hausses respectives de 15,6% et de 4,2% pour les services et le commerce.

Selon les chefs d’entreprises de services, l’environnement des affaires se serait dégradé en juin 2008. En effet, 62,5% des répondants ont considéré que l’environnement des affaires a constitué la principale entrave à leurs activités, contre 44% en mai.

La majorité des chefs d’entreprises commerciales (57,1%) a désigné l’environnement des affaires comme obstacle à l’activité. Selon eux, les difficultés d’approvisionnement en produits alimentaires et en gaz butane, la hausse des cours mondiaux et le renchérissement du fret ont été préjudiciables au commerce.

Les prix à la consommation ont enregistré, en juin 2008, une légère hausse en variation mensuelle de 0,5%, imputable aux prix des produits alimentaires et du transport. En glissement annuel, la hausse des prix se poursuit et l’inflation est ressortie à 5,9%. Elle reste toujours tirée par les prix des produits alimentaires (10,6%), qui continuent de subir les effets des tensions sur les prix du riz auxquelles s’ajoute la hausse des prix du poisson et des produits frais de la pêche.

Les prix du transport ont aussi progressé de 8,0% de même que les services de restauration et d’hôtellerie avec les effets induits du renchérissement des produits alimentaires et énergétiques. Les prix des produits locaux ont augmenté de 6,1% et ceux importés ont crû de 5,5% sur les douze mois, soit une contribution de 71,4% pour les produits locaux contre 28,6% pour les produits importés. Quant à l’inflation sous jacente mesurée par les prix hors produits frais et énergie, elle s’est établie à 4,5% en glissement annuel. En moyenne sur le premier semestre 2008, l’inflation a atteint 5,5%.

Dans l’UEMOA, tous les pays ont affiché des évolutions de prix élevées. L’inflation est estimée globalement à 5,4% à fin juin 2008, dépassant largement l’objectif communautaire de 3%. En dehors de la Guinée Bissau, avec 7,9%, les taux d’inflation les plus élevés sont observés dans les pays de l’inter land notamment le Niger (8,5%), le Burkina Faso (8,7%) et le Mali (7,0%). Le Togo (6,4%) et le Sénégal (5,5%) sont les deux pays côtiers, affichant un taux supérieur à la moyenne dans l’Union. La Côte d’Ivoire (3,9%) et le Bénin (4,9%) sont les seuls pays ayant enregistré un taux inférieur à celui de l’Union.

Avec un différentiel d’inflation favorable estimé à 0,5%, la compétitivité de l’économie s’est encore améliorée en variation mensuelle. En effet, des gains de compétitivité de 0,4% sont notés en juin 2008, en comparaison au mois précédent. Cependant, en glissement annuel, des pertes de compétitivité de 5,8% sont enregistrées. Cette détérioration est le fait de l’appréciation du F Cfa par rapport aux monnaies des pays partenaires.

En outre, la moyenne des six premiers mois de 2008, comparée à celle de la même période de 2007, révèle une régression de 4,8% de la compétitivité, en raison d’un différentiel d’inflation défavorable de 0,7% combiné à une appréciation de 4,1% du FCFA par rapport aux monnaies des pays partenaires. Cette situation s’explique par l’accumulation de pertes de compétitivité sur les quatre premiers mois de l’année 2008.

S’agissant des échanges commerciaux avec l’extérieur, entre mai et juin 2008, le volume des transactions commerciales s’est contracté aussi bien pour les exportations (-12,5%) que pour les importations (-17,8%). En valeur, une progression de 8,1% des exportations et un repli de 11,8% des importations sont notés. En conséquence, le déficit de la balance commerciale s’est amélioré de 34,9 milliards, en s’établissant à 138,9 milliards en juin 2008 contre 173,8 milliards au mois précédent.

En cumul sur le premier semestre de 2008, la valeur des exportations s’est chiffrée à 418,4 milliards tandis que celle des importations est à 1233,6 milliards. Le déficit commercial de 815,2 milliards qui en découle est en hausse de 35%, comparativement à celui de la même période de 2007. S’agissant des échanges avec les autres pays de l’UEMOA, un excédent de 16,2 milliards est enregistré, en juin 2008, contre 16,0 milliards au mois précédent. Au total sur le premier semestre de 2008, la balance commerciale, vis-à-vis des pays de l’UEMOA, est excédentaire de 89,7 milliards.

S’agissant des finances publiques, les réalisations de recettes budgétaires à fin juin 2008 se chiffrent à 565,6 milliards et font ressortir un bon niveau de recouvrement des recettes, par rapport à la même période de l’année précédente, en dépit des suspensions de taxes. Quant aux dépenses totales et prêts nets, ils sont estimés à fin juin 2008 à 610,4 milliards contre 659 milliards un an auparavant, soit une baisse de 48,6 milliards reflétant un suivi rapproché des dépenses. Ainsi, le solde global base ordonnancement dons compris est évalué à fin juin 2008 en déficit de 25,4 milliards contre un déficit de 64,5 milliards à fin juin 2007. Quant au solde de base, il est estimé en excédent de 4 milliards.

A fin juin 2008, la situation des institutions monétaires, comparée à celle de la fin du mois précédent, est marquée par une consolidation de la position extérieure nette de 5,1 milliards, un renforcement du crédit intérieur de 22,1 milliards et une progression de la masse monétaire de 26,7 milliards.

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