Note de conjoncture Juillet 2008

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Le ralentissement prévu de l’activité économique mondiale en 2008, annoncé en début d’année, se précise de plus en plus, conforté par l’envolée des cours mondiaux des produits de base et le net ralentissement de l’activité économique américaine, affectée par le prolongement de la crise sur les marchés financiers. La prévision de croissance à l’horizon de fin 2008 a été révisée en avril à 3,7%, soit en baisse de plus d’un point de pourcentage par rapport à 2007. Ce tassement de l’activité mondiale a été principalement entretenu par le faible dynamisme des économies avancées, porté notamment par les Etats-Unis et le Japon, dans une moindre mesure.

S’agissant des pays de la zone euro, après la période de résilience des premiers mois de 2008, ils commencent à perdre progressivement de l’élan. Néanmoins, la croissance économique mondiale continue d’être soutenue par le dynamisme des pays en développement et des pays émergents, comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, avec des taux de croissance très élevés.

La robustesse des économies émergentes a, certes, contribué à limiter le ralentissement de l’activité mondiale, mais elle a également stimulé la demande en produits de base et donc la hausse des prix à la consommation dans toutes les régions du monde. Les risques inflationnistes, à moyen terme, augmentent et préoccupent les autorités monétaires au niveau international. Toutefois, le niveau d’inflation est estimé plus élevé dans les pays en développement, plus particulièrement dans les pays émergents où les dépenses en produits alimentaires représentent une part importante du budget des ménages. En Chine, le taux d’inflation a atteint 8% en juillet 2008.

Le marché international des capitaux, au tournant de la première moitié de l’année 2008, est marqué par la stabilisation à 2% du cycle baissier des taux d’intérêt américains qui avaient été de 5,25% en septembre 2007 et par la hausse du taux dans la zone euro, qui passe à 4,25% après avoir été stabilisé à 4% depuis plus d’un an. Sur le marché des changes, le dollar s’est bien repris face à l’euro, après avoir touché un plus bas historique, avec 1 euro pour 1,60 dollar.

Sur le marché des matières premières, durant le mois de juillet 2008, les prix des principaux produits sont poussés à la baisse. L’indicateur synthétique des prix des matières premières a fait état d’un repli de plus de 10%. S’agissant des matières premières énergétiques et agricoles, les prix sont partagés entre la stabilisation et la baisse, notamment sur le marché du pétrole, des céréales et des oléagineux.

Au plan intérieur, le secteur primaire est marqué par un bon déroulement de la saison pluviométrique. La saison a démarré normalement et sur la majeure partie du territoire, le bon niveau des réserves en eau du sol a permis une alimentation correcte des cultures qui se développent avec satisfaction.

S’agissant du sous secteur de l’élevage, la production de viande au mois de juillet 2008, issue de l’abattage contrôlé, a augmenté de 6,9% en variation mensuelle et de 14,5% en glissement annuel. La production cumulée sur les sept premiers mois de 2008 est également en hausse de 9,6% par rapport à celle de la même période de 2007. Quant aux importations de viande, elles sont estimées en hausse de 5,5% en variation mensuelle. Par contre, en glissement annuel et pour le cumul des sept premiers mois de 2008, comparé à celui de la même période de 2007, des baisses respectives de 33,3% et 6,9% sont enregistrées.

Dans le sous secteur de la pêche, les débarquements au mois de juillet 2008 ont enregistré une baisse de 8,6% par rapport au mois précédent et de 0,8% en glissement annuel. Par contre, le cumul sur les sept premiers mois de 2008 comparativement à celui de la même période de 2007, fait état d’une hausse de 4%.

Concernant le secteur secondaire, le chiffre d’affaires a enregistré, au mois de juillet 2008, une baisse de 4,9% en variation mensuelle, après celle de 2,9% au mois précédent. Ce résultat s’explique par le double effet de la baisse observée dans l’industrie (-3,0%) et dans les bâtiments et travaux publics (-17,4%). En glissement annuel, le chiffre d’affaires du secteur secondaire a enregistré, une hausse de 7,4%, grâce à la bonne tenue des activités dans l’industrie (7,6%) et le secteur des bâtiments et travaux publics (5,6%). Le chiffre d’affaires moyen des sept premiers mois de 2008, a affiché une hausse de 5,3% par rapport à la même période en 2007.

Cette évolution est consécutive aux résultats appréciables relevés au niveau de l’industrie (13,2%) et des bâtiments et travaux publics (13,8%). L’enquête d’opinion du mois de juillet 2008 révèle, selon 57,9% des entreprises du secteur industriel, que l’environnement des affaires constitue la principale contrainte dans l’exercice de leurs activités. Dans le secteur des bâtiments et travaux publics, un peu plus des trois quart des chefs d’entreprises, considèrent que les impayés de l’Etat entravent le développement de leurs activités.

Les activités du secteur tertiaire ont connu des évolutions diverses. Le commerce a crû de 8,8% relativement au mois précédent, grâce à tous les sous secteurs à l’exception des ventes de véhicules. Quant au chiffre d’affaires des services, une baisse de 4,3% est notée, imputable aux sous secteurs des postes et télécommunications, des transports et des banques et assurances. En glissement annuel, le commerce a augmenté de 7,8% et les services ont évolué de 1,5%. La moyenne des sept premiers mois de 2008 par rapport à celle de 2007, a affiché des hausses de 4,8% et 13,7%, respectivement pour le commerce et les services.

Selon les chefs d’entreprises enquêtés, l’activité commerciale et les prestations de services souffrent principalement de l’insuffisance de la demande et de la dégradation de l’environnement des affaires. Ainsi, dans le secteur des services, la moitié des répondants ont indexé l’environnement des affaires, tandis que pour 57,1% des chefs d’entreprises commerciales, l’insuffisance de la demande est citée parmi les obstacles au développement de l’activité.

Les prix à la consommation ont enregistré, en juillet 2008, une légère hausse en variation mensuelle de 1,1%, imputable aux prix des produits alimentaires et des transports. En glissement annuel, la hausse des prix s’est poursuivie et l’inflation est ressortie à 4,9%. Elle reste toujours tirée par les prix des produits alimentaires (7,3%) qui continuent de subir les effets des tensions sur les prix du riz auxquelles s’ajoute le renchérissement des services de transport qui ont progressé de 12,4% de même que les services de restauration et d’hôtellerie (6,3%) avec les effets induits des hausses des produits alimentaires et énergétiques. Les prix des produits locaux ont augmenté de 4,2% et ceux des produits importés ont crû de 6,7% en glissement annuel, soit une contribution de 60,0% des produits locaux contre 40,0% pour les produits importés. Quant à l’inflation sous jacente mesurée par les prix hors produits frais et énergie, elle s’est établie à 3,5% en glissement annuel.

En moyenne sur les sept premiers mois de 2008, l’inflation est ressortie à 5,3%. Dans l’UEMOA, tous les pays ont affiché des évolutions de prix élevées. L’inflation est estimée globalement à 6,3% à fin juillet 2008, dépassant largement l’objectif communautaire de 3%. En dehors de la Guinée Bissau, avec 9,1%, les taux d’inflation les plus élevés sont observés dans les pays de l’inter land notamment (9,5%) aussi bien au Niger qu’au Burkina Faso et 7,8% au Mali. Le Togo a enregistré un taux de 6,5% voisin de la moyenne dans l’Union. La Côte d’Ivoire (4,4%), le Bénin (5,2%) et le Sénégal (5,3%) sont les seuls pays ayant enregistré un taux inférieur à celui de l’Union.

L’économie sénégalaise a enregistré, au mois de juillet 2008, des pertes de compétitivité de 1,8% en variation mensuelle. Cette détérioration est le fait de l’appréciation du franc CFA vis-à-vis de la monnaie des partenaires de 1,2%, combinée à un différentiel d’inflation défavorable de 0,6%. En glissement annuel, les pertes de compétitivité s’élèvent à 4,4% en raison de l’appréciation du FCFA de 5,9% atténuée par un différentiel d’inflation favorable de 1,5%. La moyenne des sept premiers mois de l’année 2008 laisse apparaître des pertes de compétitivité de 4,1%, par rapport à la même période de 2007. Ces pertes s’expliquent essentiellement par l’appréciation de 3,7% du FCFA par rapport aux monnaies des pays partenaires.

S’agissant des échanges commerciaux avec l’extérieur, les transactions commerciales entre le Sénégal et le reste du monde sont caractérisées en juillet 2008, par une progression de 30,6% des exportations contre un repli de 9,2% des importations. Cette évolution a induit une amélioration de 43,8 milliards de la balance commerciale qui est passée d’un déficit de 138,9 milliards en juin à 95,1 milliards en juillet 2008.

En cumul sur les sept premiers mois de 2008, la valeur des exportations s’est établie à 520,4 milliards et celle des importations à 1430,7 milliards, soit un déficit commercial de 910,3 milliards contre 760,9 milliards à la même période de 2007. S’agissant des échanges commerciaux avec les autres pays de l’UEMOA, il s’est dégagé un excédent commercial de 21,4 milliards en juillet 2008 contre 16,2 milliards au mois précédent. Ainsi, sur les sept premiers mois de 2008, la balance commerciale vis à vis des pays de l’UEMOA est excédentaire de 111,1 milliards.

S’agissant des finances publiques, l’exécution budgétaire a été marquée, au cours des sept premiers mois de 2008 par le niveau soutenu de recouvrement des recettes budgétaires atténué par l’effort consenti en termes de suspensions de droits et taxes d’une part et d’autre part, par le suivi rapproché des dépenses budgétaires. Les recettes budgétaires cumulées à fin juillet 2008 sont estimées à 648,5 milliards contre 643,9 milliards à la même période en 2007 soit une hausse de 4,6 milliards. Toutefois, par rapport à l’objectif du programme à fin juillet 2008 d’un montant de 726,9 milliards, il ressort une moinsvalue de 10,8% ; en tenant des droits et taxes suspendus de 26,8 milliards, cette moins-value ressortirait à 7,1%.

Quant aux dépenses totales et prêts nets, ils sont évalués à 790 milliards contre 791,7 milliards un an auparavant, soit un repli de 1,7 milliard traduisant une diminution des dépenses sur ressources extérieures atténuée par l’augmentation de celles sur ressources propres. Ainsi, le solde global base ordonnancement dons compris est évalué en déficit de 104,3 milliards à fin juillet 2008 contre un déficit de 72,1 milliards en fin juillet 2007. Quant au déficit du solde de base, il est estimé à 83,7 milliards.

A fin juillet 2008, la situation des institutions monétaires, comparée à celle de la fin du mois précédent, est marquée par une hausse des avoirs extérieurs nets, un renforcement du crédit intérieur et une expansion de la masse monétaire.

L’évolution de l’Indice Général d’Activité (IGA), conçue comme proxy de celle du PIB (hors agriculture), est de -0,7%% en variation mensuelle et de -7,3% en glissement annuel. Sur les sept premiers mois de l’année, l’IGA a enregistré une croissance de 2,4% par rapport à la même période de l’année précédente, ce qui augure d’un ralentissement important de l’activité en 2008, contrairement aux dernières prévisions économiques qui situaient la croissance du PIB non agricole à 5,2%.

L’IGA hors agriculture est un indice mensuel qui cherche à estimer l’évolution mensuelle réelle de l’activité économique. Il permet de juger au mois le mois de la pertinence des projections annuelles de la croissance économique faites dans le cadre de l’analyse de la situation économique et financière qui fait l’objet d’une publication chaque semestre.

La méthodologie adoptée pour l’élaboration de l’indice général d’activité consiste, à partir des indices du chiffre d’affaires mensuel des entreprises évoluant dans les secteurs secondaire et tertiaire ou des indices de volume ainsi que des indices des prix mensuels, à construire des indices de volume pour un suivi de l’activité réelle. Elle a permis également d’intégrer l’évolution des activités de la pêche et de l’élevage qui relèvent du secteur primaire.

Dans ces secteurs, un indice de volume est calculé sur la base des statistiques de production disponibles. Ainsi, les résultats ne devraient pas s’éloigner de ceux des projections annuelles, notamment la croissance du Produit Intérieur Brut non agricole et hors administration publique si les prévisions sont parfaites.

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