Note de conjoncture Décembre 2008

La phase de ralentissement de l’économie mondiale, amorcée depuis 2007, devrait se poursuivre avec acuité en 2008 et 2009. La croissance économique est estimée au terme de l’année 2008 à 3,7% et est prévue à moins de 2% en 2009, fortement en recul par rapport au taux de 5% réalisée en 2007. En effet, suite à l’aggravation de la crise financière, le fléchissement conjoncturel de l’économie mondiale s’est brusquement accéléré durant la seconde moitié de 2008.

Dans la dernière partie de l’année, les États-Unis, comme la plupart des États de l’Union Européenne, et le Japon, se sont trouvés en récession ou étaient en passe de l’être. Le ralentissement économique devrait encore perdurer pendant quelques trimestres. Même les pays émergents et en développement qui connaissaient une forte croissance et pouvaient soutenir, de manière non négligeable, l’économie mondiale, devraient voir leur croissance économique plus modeste que celle enregistrée ces dernières années. L’onde de choc a surtout traversé la Russie, l’Inde et la Chine. Toutefois, le rythme de ralentissement de leur croissance est moindre que celui des pays développés.

Dans ce contexte de moindre croissance et de repli de la demande, l’inflation a connu un certain reflux dans le sillage des cours mondiaux de matières premières, notamment les produits pétroliers et alimentaires. En effet, au cours du second semestre de 2008, les prix à la consommation ont progressivement baissé, en variation mensuelle, aussi bien dans les pays avancés que dans ceux en développement. Toutefois, leur niveau reste encore élevé en 2008 par rapport à 2007.

Cette baisse des prix à la consommation a permis aux banques centrales d’engager une nouvelle politique monétaire par une injection de liquidités dans l’économie, à court terme et à des conditions avantageuses, afin d’éviter l’assèchement des marchés monétaires et financiers. Les banques centrales occidentales ont porté leur taux directeur à des niveaux particulièrement bas au cours des derniers mois de 2008. Aux États-Unis et au Japon, les taux directeurs sont presque nuls alors que la zone euro a ramené son principal taux directeur à 2,5 %, soit une baisse de 0,75 point de pourcentage, la plus forte diminution de son histoire, justifiée par l’entrée en récession de la zone.

Les marchés des matières premières, après avoir traversé 2008 avec incertitude, ont poussé un grand soupir de soulagement au cours des derniers mois de l’année. La double crise économique et financière internationale s’est traduite par un ralentissement de l’activité globale et la demande mondiale de produits de base s’est effritée. Les cours mondiaux de matières énergétiques et alimentaires ont fortement chuté, après avoir atteint des niveaux historiquement élevés au cours de la première moitié de l’année. Cependant, en variation annuelle, les prix ont connu une forte hausse.

Au plan interne, l’activité économique, mesurée par l’Indice Général d’Activité (IGA), hors agriculture et administration, a été marquée en décembre 2008 par une hausse de 3,7%, en rythme mensuel, et une quasi stabilité, en glissement annuel. Au terme de l’année 2008, l’IGA est ressorti en hausse de 1,7%, traduisant ainsi un ralentissement de l’activité économique relativement à 2007. Cette croissance est tirée par le secteur tertiaire qui a progressé de 3,1%, malgré la baisse des activités immobilières. Le sous secteur de l’élevage s’est aussi bien comporté avec 3,1% de croissance.

Au niveau du secteur secondaire, le repli de 2,0% s’explique par les contreperformances des Industries chimiques de base, des industries extractives et alimentaires. Ces contreperformances ont été essentiellement atténuées par la reprise des activités de raffinage de pétrole et du sous secteur de l’énergie.

Les principales contraintes évoquées par les entreprises en décembre 2008 portent essentiellement sur l’environnement des affaires dans l’industrie et les services et les créances publiques non recouvrées dans les bâtiments et les travaux publics. Les contraintes dans le commerce sont plutôt liées à la demande.

Dans l’industrie, les chefs d’entreprises ont cité principalement l’environnement des affaires, précisément le renchérissement des coûts de production et leur répercussion négative sur l’offre, la fraude et les lenteurs au niveau du port de Dakar. La faiblesse de la demande serait une des principales difficultés auxquelles font face 28,6% des entreprises. Les autres contraintes portent sur le financement des activités (14,3%) et les créances publiques (7,1%).

Dans les services, l’environnement des affaires n’a pas connu d’amélioration par rapport au mois de novembre. Il demeure une préoccupation centrale pour la moitié des dirigeants d’entreprises. La longueur des procédures de passation des marchés publics et de délivrance des autorisations d’exploitation et les problèmes fonciers ont été également préjudiciables aux entreprises. S’agissant du financement, il a constitué une contrainte majeure pour un quart des répondants. Quant à la dette publique intérieure, elle a constitué un point crucial pour 16,7% des managers.

Au niveau du commerce, la croissance des ventes a été limitée par les problèmes de demande (42,9% des chefs d’entreprises). Les lourdeurs administratives et les problèmes de logistiques à l’importation ont ralenti l’activité et malgré la libéralisation, les pratiques anticoncurrentielles demeurent. Toutefois, les créances non recouvrées sur l’Etat, selon 28,6% des managers, auraient moins pesé sur le secteur.

En perspective, pour janvier 2009, les chefs d’entreprises du secteur secondaire soutiennent que l’environnement des affaires continuera à peser sur leurs activités. Ils citent précisément la faiblesse des cours mondiaux de certains produits tels que le coton, des problèmes d’approvisionnement en matières premières induits par le renchérissement des cours mondiaux, malgré le repli observé sur les cours du pétrole.

Sur le plan intérieur, les chefs d’entreprises prévoient des problèmes de trésorerie causés par les retards de paiement des clients et de l’Etat, malgré la volonté des autorités de solder au plus vite la dette intérieure. Une insuffisance de la demande, consécutive à la baisse du pouvoir d’achat des ménages, est également attendue en janvier.

Chez les managers des entreprises de services, la tendance générale est à la prudence. Des inquiétudes s’affichent relativement au rythme d’exécution du paiement de la dette publique intérieure. Néanmoins, la baisse des prix à la consommation rehausserait la demande. Au niveau des banques, la conjoncture financière internationale, peu favorable, développerait la frilosité dans l’octroi de crédits aux entreprises dont la plupart ont besoin d’une bouffée d’oxygène financière. Dans les télécommunications, la concurrence s’annoncerait rude avec l’installation du nouvel opérateur.

Quant aux commerçants, ils redoutent une baisse de la demande subséquemment aux importantes dépenses en biens de consommation effectuées par les ménages lors des fêtes de décembre. Toutefois, le recouvrement des créances sur les entreprises est attendu à la faveur du paiement de la dette privée intérieure. En outre, le dégel des prix sur les marchés internationaux pourrait accroître les marges bénéficiaires si les procédures d’importation s’améliorent.

Les prix à la consommation ont encore baissé de 0,8%, en décembre 2008, après 2,4% en novembre. La baisse, due notamment à la détente sur les prix des produits alimentaires et pétroliers, viendrait soutenir le pouvoir d’achat des ménages, tandis que les actions entreprises par les autorités depuis le début des tensions inflationnistes ont commencé à porter leurs fruits.

Toutefois, comparés à décembre 2007, les prix ont augmenté de 4,3%. Les prix des produits locaux ont baissé de 0,5% en variation mensuelle et ceux importés ont reculé de 1,5%. Comparés à décembre 2007, ils ont respectivement été majorés de 2,8% et 8,5%. L’inflation sous jacente mesurée par les prix hors produits frais et énergie s’est inscrite en baisse de 0,2% en variation mensuelle et se situe à 1,9% en glissement annuel. En moyenne sur l’année 2008, l’inflation est ressortie à 5,8%, malgré la détente observée globalement depuis presque trois mois sur l’ensemble des produits.

Dans l’UEMOA, les prix à la consommation ont baissé de 0,1% en décembre 2008, après 1,6% en novembre 2008. Toutefois, au terme de l’année 2008, l’inflation reste toujours élevée, elle est estimée en moyenne, à 7,5%. La plupart des pays ont affiché un taux d’inflation à deux chiffres. La Côte d’Ivoire (6,3%) et le Sénégal (5,8%) sont les seuls pays ayant enregistré un taux inférieur à celui de l’Union.

En conséquence, l’économie a enregistré des pertes de compétitivité-prix de 3,4% en variation mensuelle et de 3,7% en glissement annuel. Au terme de l’année 2008, elle s’est dégradée de 3,7%, en raison de l’appréciation du FCFA (3,2%) et dans une moindre mesure, du différentiel d’inflation défavorable.

Les échanges de biens avec l’extérieur, entre les mois de novembre et décembre 2008, sont marqués par un repli de 29,1% des exportations contre une progression de 25,4% des importations. Sur l’année 2008, les échanges ont progressé respectivement de 33,5% pour les exportations et de 18,9% pour les importations comparés à 2007. Ainsi, le déficit commercial s’est établi 1587,4 milliards sur les douze mois de 2008.

Par rapport aux partenaires commerciaux au sein de l’espace communautaire, les exportations ont porté sur une valeur de 29,1 milliards tandis que les importations se sont chiffrées à 6,6 milliards. Ainsi, il se dégage un excédent commercial estimé à 22,5 milliards, portant l’excédent cumulé sur les douze mois de 2008 à 196,8 milliards.

S’agissant des finances publiques, la gestion budgétaire à fin décembre 2008, est caractérisée par un important recouvrement des recettes, et une exécution rapprochée des dépenses. Les recettes cumulées sont estimées à 1107,2 milliards (sous l’hypothèse du remboursement des droits et taxes suspendus évalués à 44,5 milliards à fin octobre 2008) contre 1100,1 milliards à la même période en 2007, soit une légère augmentation de 7,1 milliards.

Toutefois, par rapport à l’objectif annuel du programme ISPE d’un montant de 1254 milliards et l’objectif révisé dans LFR de 1209 milliards, il ressort des moins-values respectives de 146,8 milliards et 65,5 milliards. Ces moins values s’expliquent essentiellement par les faibles performances des secteurs fiscalisés (secondaire et tertiaire). S’agissant des dépenses totales et prêts nets, ils sont évalués à 1293,2 milliards en 2008 et ont baissé de 142,4 milliards.

Ainsi, le solde global, base ordonnancement dons compris, est évalué en déficit de 90,4 milliards en 2008, contre un déficit de 186,7 milliards en 2007. Quant au déficit du solde de base (y compris PPTE et IADM), il est estimé à 60 milliards.

La situation estimée des institutions monétaires est marquée, à fin décembre 2008, par une hausse de 174,6 milliards des avoirs extérieurs nets qui devraient s’établir à 811,6 milliards. Par contre, l’encours du crédit intérieur se contracterait de 39,4 milliards, pour se situer à 1480,2 milliards, sous l’effet des créances nettes du système bancaire à l’Etat. Quant à la masse monétaire, avec une expansion de 135,3 milliards, elle devrait s’établir à 2066,3 milliards à fin décembre 2008.