Note de conjoncture Août 2008

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Depuis plus d’un an, l’onde de choc provoquée par la crise des « subprimes » ne cesse d’avoir des répercussions sur l’économie mondiale. A fin août 2008, la conjoncture internationale est caractérisée par la quasigénéralisation du ralentissement de l’activité économique dans toutes les régions. Les dernières prévisions de croissance de l’économie mondiale, pour l’année 2008, laissent entrevoir un ralentissement plus prononcé de l’activité économique au cours du second semestre 2008. Les cours élevés et volatiles des matières premières et la poursuite des turbulences dans les marchés financiers internationaux devraient peser sur la situation atonique de l’économie mondiale à court et moyen terme.

Pendant que la croissance économique mondiale ralentissait, la hausse des prix de l’énergie et des matières premières a accentué les poussées inflationnistes dans toutes les régions du monde, même si çà et là une inflexion de la tendance a été notée depuis le début de la seconde moitié de l’année 2008, du fait principalement du reflux des prix du pétrole.

Au plan financier, les perturbations, créées par la crise des « subprimes » sur le marché international des capitaux, sont exacerbées par une nouvelle vague de défaut de paiement des prêts accordés à des intermédiaires du système financier américain. Le montant de ces prêts alternatifs, jugé plus important que les « subprimes » et régulièrement révisé à la hausse, a atteint des niveaux tels qu’un grand nombre d’emprunteurs n’étaient plus à mesure de rembourser. Il s’en est suivi une chute des valeurs boursières, induisant la faillite de plusieurs institutions financières. Le bilan global de dépréciation des actifs est estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. Sur le marché des taux d’intérêt, la FED a ramené son taux directeur à 2% et la BCE l’a gelé à 4,25%. Sur le marché de change, l’euro se déprécie face au dollar.

S’agissant des marchés de matières premières, le rythme de progression rapide des cours mondiaux, observé depuis 2007, a vraisemblablement marqué le pas au cours du mois d’août 2008. La plupart des marchés des produits de base sont presque concernés par ce déclin amorcé à la suite du rebond accéléré des marchés d’actions vers lesquels sont drainés les capitaux des investisseurs.

Au plan intérieur, l’Indice Général d’Activité (IGA), indicateur de suivi de l’activité économique réelle (hors agriculture), a enregistré au mois d’août 2008, une baisse de 3,6% en variation mensuelle, et de 1,2% en glissement annuel.

Au terme des huit premiers mois de 2008, il est ressorti en hausse de 1,9% par rapport à la même période de 2007, confirmant le ralentissement de l’activité économique déjà observé en fin juillet (2,4%). Ce repli est imputable aux secteurs secondaire (1,4%) et tertiaire (1,5%), et dans une moindre mesure à la pêche (1,6%) ; par contre, le sous secteur de l’élevage a progressé de 9,2%.

Les perspectives de croissance en fin d’année restent fortement tributaires de la campagne agricole et des performances des Industries Chimiques du Sénégal au dernier trimestre 2008.

L’enquête d’opinion a révélé que les principales contraintes au développement des activités industrielles portent essentiellement sur l’environnement des affaires (47,1%). Le renchérissement des cours des matières premières, l’approvisionnement en électricité et la baisse des cours mondiaux de certains produits d’exportations, tels que le coton, ont été largement évoqués ainsi que l’épineux problème de la fraude et des délais de livraison au niveau du port.

Dans le sous secteur des bâtiments et des travaux publics, les chefs d’entreprises n’ont pas évoqué de difficulté liée à la demande, mais placent, à proportion égale, les créances publiques et l’environnement des affaires au sommet des contraintes majeures à l’exercice de leurs activités. En effet, 40% des chefs d’entreprise pensent que l’environnement des affaires s’est dégradé à cause de la hausse des tarifs de l’électricité et de l’allongement des procédures de passation des marchés publics. Pour le problème lié au financement, 20% des chefs d’entreprise pointent du doigt les taux d’intérêt élevés et les conditions de crédits intenables.

Au niveau du tertiaire, les chefs d’entreprises pensent que la détérioration de l’environnement des affaires dans les services et le tassement de la demande dans le commerce ont bridé la croissance de leurs activités. Parmi les chefs d’entreprises de services qui ont répondu à l’enquête, 40% ont affirmé avoir été contrariés par le climat des affaires au mois d’août 2008. La conjoncture internationale ne serait pas favorable, malgré le dégel noté sur les marchés des produits primaires.

Quant aux contraintes intérieures, les tensions de trésorerie des entreprises et la hausse des prix à la consommation auraient des répercussions négatives sur la demande de services. Selon les répondants, le contexte économique restera peu favorable en septembre et serait plus rude si le recouvrement des créances échues à l’Etat n’est pas effectif.

La hausse des prix se poursuit au mois d’août 2008, avec une progression de 2,6%, en variation mensuelle et de 7,3%, en glissement annuel. Cette hausse est imputable à la croissance des prix des produits alimentaires (11,6%), qui continuent de subir les effets des tensions sur les prix du riz, et au renchérissement des services de transport de 14,3% et des services du logement (3%). Les prix des produits locaux ont augmenté de 6,3% et ceux importés de 10,3% sur les douze mois, soit une contribution respectivement de 59,6% et 40,4%. Quant à l’inflation sous jacente mesurée par les prix hors produits frais et énergie, elle s’est établie à 3,7% en glissement annuel. En moyenne sur les huit premiers mois de 2008, l’inflation est ressortie à 5,6%.

Dans l’UEMOA, tous les pays ont affiché des évolutions de prix élevées. L’inflation est estimée globalement à 7,8% à fin août 2008, soit plus du double de l’objectif communautaire de 3%. Les taux d’inflation les plus élevés sont observés en Guinée Bissau, avec 10,0% et dans les pays de l’inter land notamment (10,1%) aussi bien au Niger qu’au Burkina Faso et 8,4% au Mali. Le Togo a enregistré un taux de 7,8% voisin de la moyenne dans l’Union. La Côte d’Ivoire (4,9%), le Bénin (6,9%) et le Sénégal (5,6%) sont les seuls pays ayant enregistré un taux inférieur à celui de l’Union.

Face à cette situation, l’économie sénégalaise a encore enregistré en août 2008, des pertes de compétitivité de 0,5, en variation mensuelle, après 1,8% en juillet 2008. Cette détérioration est le fait d’un différentiel d’inflation défavorable de 2,5%, atténué par la dépréciation de 2% de la monnaie nationale vis-à-vis de celle des pays partenaires. En glissement annuel, les pertes de compétitivité s’élèvent à 5,2%, en raison de l’appréciation du FCFA de 3,9%, combinée à un différentiel d’inflation défavorable de 1,3%.

En moyenne sur les huit premiers mois de l’année 2008, les pertes de compétitivité ont atteint 4,2% par rapport à la même période de 2007 du fait essentiellement de l’appréciation de 3,7% du FCFA vis-à-vis des monnaies des pays partenaires.

S’agissant des échanges commerciaux, entre le Sénégal et le reste du monde, ils sont marqués par une contraction de 28,5% des exportations contre une augmentation de 23,2% des importations entre les mois de juillet et août 2008. En conséquence, le déficit de la balance commerciale s’est détérioré, passant de 95,1 milliards en juillet 2008 à 169,9 milliards en août 2008.

En cumul sur les huit premiers mois de 2008, les exportations ont atteint 593,2 milliards contre 1673,4 milliards pour les importations, soit un déficit commercial de 1080,2 milliards en détérioration de près de 175 milliards par rapport à la même période en 2007.

Toutefois, sur les échanges commerciaux avec les autres pays de l’UEMOA, il s’est dégagé un excédent commercial de 18,4 milliards en août 2008 contre 21,4 milliards au mois précédent. Sur les huit premiers mois de 2008, la balance commerciale vis-à-vis des pays de l’UEMOA est excédentaire de 129,5 milliards.

S’agissant des finances publiques, l’exécution budgétaire au cours des huit premiers mois de 2008 a été caractérisée par le niveau appréciable des recouvrements des recettes budgétaires et le suivi rapproché des dépenses budgétaires.

Les recettes budgétaires cumulées à fin août 2008 sont évaluées à 730,8 milliards, soit une augmentation de 12,7 milliards par rapport à fin août 2007. Toutefois, par rapport à l’objectif du programme (817,2 milliards), il ressort une moins-value de 10,7%. Celle-ci ressortirait à 6,4% si l’on tenait compte des droits et taxes suspendus de 34,4 milliards. Quant aux dépenses totales et prêts nets, ils sont évalués à 861,3 milliards, en hausse de 24,8 milliards due essentiellement à la progression des dépenses courantes et des investissements sur ressources internes.

Ainsi, le solde global base ordonnancement dons compris est évalué en déficit de 86,8 milliards contre un déficit de 51,1 milliards à la même période en 2007. Quant au déficit du solde de base, il est estimé à 70,7 milliards.

La situation des institutions monétaires, à fin août 2008, serait marquée par une hausse de 3,6 milliards des avoirs extérieurs nets qui s’établiraient à 820 milliards, un léger renforcement de 7,7 milliards du crédit intérieur qui devrait se situer à 1448,8 milliards et d’une légère expansion de 11,3 milliards de la masse monétaire qui ressortirait à 2031,6 milliards à fin août 2008.

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