La Profitabilité des Secteurs de l’Economie Sénégalaise

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Résumé analytique

1. L’investissement productif est un pilier de la croissance économique. La décision d’investir est étroitement liée à la capacité du projet à générer des profits durables sans lesquels aucun investissement privé n’est viable. D’une manière générale, l’homme d’affaires compare d’une part la différence entre les flux de revenu attendus et les coûts de l’investissement et d’autre part le résultat d’un placement financier. Dès lors, la profitabilité, différence entre la rentabilité (financière) et le taux d’intérêt réel, est un critère d’arbitrage entre les placements financiers et l’investissement productif. Une faible profitabilité agit négativement sur l’accumulation de capital et sur la création de richesse et d’emplois dans l’économie nationale.

2. Au Sénégal, il est noté une forte disparité des niveaux de profitabilité entre les secteurs. Ces différences de profitabilité ont un impact négatif sur l’investissement donc sur la croissance des secteurs les moins profitables. Ceux-ci n’attirent pas les investisseurs car le coût d’opportunité du capital est y élevé pour les actionnaires. Le consommateur, en tant que partenaire de l’entreprise, risque d’être affecté en termes d’offre de produit et de tarification par l’absence d’investissements dans les secteurs moins profitables. Quant aux banques et marchés financiers, les indicateurs de performance des secteurs aideraient à mieux choisir les activités à financer. Face à ces enjeux, l’étude s’est intéressée aux niveaux de profitabilité et à leur explication par les caractéristiques spécifiques des secteurs.

3. Les résultats ont montré que la productivité ne s’améliore pas significativement dans le temps. Cependant, elle est plus élevée dans les services et plus faible dans l’industrie. Les secteurs les plus profitables demeurent les plus profitables à court et moyen terme. Autrement dit, il y a une persistance de profitabilité (absence de convergence) contrairement au postulat théorique d’élimination des écarts dans le temps en situation de concurrence.

4. De ce fait, il a été procédé à la prise en compte de l’inefficience technique dans le but de mieux comprendre les différences de profitabilité, le gaspillage des ressources (inefficience dans l’allocation) étant supposé minimisé dans le secteur privé. Il apparait que l’inefficience affecte toutes les activités productives. Certains secteurs tels que la production de viande et de poissons et l’énergie sont très éloignés de la frontière d’efficience technique et auraient pu gagner respectivement 53% et 49% d’output n’eût été l’inefficience. Les secteurs qui suivent sont la réparation avec 44%, la métallurgie et le travail des métaux avec 38% et les industries chimiques avec 29%. Ces pertes d’output sont sans doute considérables. Néanmoins, certains secteurs sont plus proches de la frontière d’efficience. Le secteur le moins inefficient est celui des télécommunications avec un terme d’inefficience de 1%. Là, l’inefficience technique n’est responsable que d’une perte marginale d’output. Les autres secteurs qui se rapprochent de la frontière d’efficience sont notamment les industries extractives avec un coefficient d’inefficience de 2%, les industries laitières (3%) et les industries du caoutchouc et plastiques (4%). On est alors en mesurer d’apprécier, pour chaque secteur, l’effort à accomplir pour se rapprocher des télécommunications, le meilleur en termes d’efficience technique.

5. Globalement, les pertes de profit dues à l’inefficience ne sont pas très importantes, sauf pour les services de réparation et les industries du bois et, dans une moindre mesure, les industries de textiles et d’habillement et la production de viande et de poissons. Par ailleurs, on constate que les industries du bois, qui enregistrent les pertes les plus importantes (27,1%), ne sont pas relativement éloignées de la frontière d’efficience technique. Des secteurs tels que l’énergie et la production de viande et de poissons, qui présentent les termes d’inefficience les plus élevés, ne subissent que d’infimes pertes de profit dues à l’inefficience. Ce résultat révèle que d’autres paramètres tels que le niveau de la concurrence, la croissance des secteurs ou encore les subventions peuvent avoir un impact important sur la profitabilité.

Ainsi, dans le cas de l’énergie, les subventions du gouvernement contribuent au rapprochement avec la frontière de profit. La production de viande et poissons n’exige pas un niveau de perfectionnement poussé c’est à dire que l’impact de l’inefficience technique y est certainement limité sur le profit. Les industries laitières, les industries extractives et les télécommunications sont les secteurs où l’efficience productive se reflète le mieux dans le profit. On peut remarquer que ces secteurs sont marqués par une forte concurrence, à la fois sur le marché interne -télécommunications et lait- et sur les marchés étrangers –extractives-. Pour l’Etat, les résultats offrent une meilleure visibilité sur les initiatives à entreprendre pour stimuler certaines activités en rapport avec les grappes de la Stratégie de Croissance accélérée (SCA). Certains secteurs jusque-là retenus dans cette stratégie sont peu attrayants pour l’investisseur en ce qu’ils ne lui offrent pas une profitabilité élevée. C’est le cas des industries textiles et du tourisme. C’est pourquoi, quelques mérites qu’elles aient, les actions d’amélioration de l’environnement des affaires doivent être accompagnées de mesures incitatives concrètes dans les secteurs les moins profitables qui présentent une rentabilité sociale très élevée justifiant, peut être, leur choix dans les grappes de la SCA.

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