Concurrence et bien-être social au Sénégal

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SYNTHESE DE L’ETUDE

1. Au Sénégal, la promotion de l’entreprenariat, outre l’amélioration de l’environnement des affaires, se traduit par la libéralisation de la plupart des marchés des produits de consommation, assortie d’une régulation au cas où les forces de marché sont insuffisantes pour assurer l’ajustement par les prix. L’objectif est de parvenir à une meilleure allocation des ressources rares permettant aux investisseurs de rentabiliser leurs capitaux et aux consommateurs de bénéficier de produits de qualité à des prix compétitifs.

2. Au demeurant, d’importantes distorsions de l’offre sont notées. Dans la plupart des branches du secteur moderne, on enregistre la présence de quelques entreprises dotées d’un pouvoir de marché se traduisant par l’aptitude à relever le prix du produit au-dessus du coût marginal sans enregistrer une perte des quantités demandées. Les entreprises dominatrices ne respectent pas nécessairement la même discipline qu’en situation concurrentielle. Cela se traduit généralement par la production de quantités socialement non optimales à des prix élevés, d’autant que l’applicabilité de la protection légale du consommateur fait défaut et que les actions des associations consuméristes sont limitées.

3. Dans le contexte d’étroitesse du marché et de difficulté d’exportation, le niveau de concurrence sur le marché domestique constitue une barrière à l’entrée. Cette étude s’est donc intéressée à l’impact de la concurrence sur le bien-être, à travers une estimation de la perte de bien-être social, en rapport avec la concentration des branches de l’économie sénégalaise. La perte de bien-être par rapport à l’optimum social a été estimée dans une dizaine de branches, correspondant à plus de 60% du panier de consommation.

4. Les pratiques anticoncurrentielles revêtent principalement la forme d’atteintes à la liberté des prix (entente, fixation de prix de revente, discrimination) et de partage des marchés. Dans l’ensemble, les branches ne sont pas marquées par une forte concurrence : le niveau le plus élevé concerne les branches viande-poissons et fruits-légumes alors que la branche sucre-confiserie est la moins concurrentielle. Les gains de productivité ne sont pas associés à la baisse de la concurrence, laquelle est souvent accompagnée d’une hausse du prix.

5. Dans la plupart des cas, le niveau socialement optimal de concurrence se situe en-deçà de celui constaté à l’équilibre de marché. Les écarts les plus significatifs sont notés dans l’énergie, les grains et les télécommunications. Néanmoins, pour l’intérêt général, l’industrie laitière, l’industrie de boissons et la transformation de viande et poissons doivent davantage être dominées par quelques entreprises offrant les produits à forte préférence sociale à des coûts relativement faibles. En conséquence, la perte de bien-être relativement à l’optimum social imputable à la concurrence imparfaite est obtenue pour les années 2002 et 2007, le minimum étant constaté dans l’industrie laitière (2.9%) et la perte la plus importante dans l’énergie (26.8%).

6. Plusieurs recommandations peuvent être formulées à l’analyse de ces résultats. Les politiques sectorielles, telles que les codes d’investissement avantageux à l’égard des grandes unités sont socialement acceptables si la baisse de la concurrence qui en résulte améliore le bien-être social. L’existence d’entreprises aptes à absorber la technologie importée pour bénéficier d’économies d’échelle est parfois désirable. Néanmoins, la constitution et la pérennisation d’une rente excessive sont à éviter. Eu égard à la rareté de l’investissement et de l’offre d’emplois, le focus doit porter sur le relèvement de la rentabilité sociale plutôt que la disparition d’entreprises. En adaptant la fiscalité et le système comptable aux petites et moyennes entreprises, le décideur peut accroitre la rentabilité sociale.

Dans le cas polaire où le nombre d’entreprises en activité coïncide avec celui à l’optimum, les commandes publiques aident à réaliser une meilleure redistribution de la production entre les entreprises. Si l’optimum est atteint, le gouvernement peut limiter les avantages à l’entrée afin d’éviter l’entrée excessive, source de gaspillage de ressources. La libéralisation doit être accompagnée d’une bonne politique de la concurrence et d’une politique industrielle de correction des distorsions de marché. Le développement de l’infrastructure physique concurrentielle facilite la circulation du produit et de l’information, et réduit les distorsions sur les marchés. L’amélioration du système financier favorise la concurrence dans la branche où le relèvement du taux d’entrée est désiré.

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